Dormeurs

 

En 2010, traversant le Sud-Est asiatique, j’ai été troublé par le spectacle d’hommes, de femmes, d’enfants, de vieillards...de travailleurs ou de vagabonds endormis au coeur des villes, des villages...à toute heure du jour ou de la nuit...

Corps inertes, gisants insensibles à l’effervescence de la ville surpeuplée, grouillante d’activité, ils se livrent aux regards, libérés de toute pudeur ou crainte.

Allongés sur le sol, la margelle d’un temple, le trottoir, leur lieu de travail, ou dans les bus... ces corps livrés au sommeil m’ont frappé par leur abandon.

Il m’a semblé qu’une part de leur intimité n’existait plus, qu’elle était abolie...

A regarder ces corps, enveloppes inanimées, je me suis souvenu d’une citation de James George Frazer «on ne réveille jamais un dormeur, car son âme est alors absente et peut ne pas avoir le temps de réintégrer son enveloppe».

Pour rendre compte de cette présence-absence, il me fallait être proche du sujet, voler son sommeil pour tenter, vaine illusion, de saisir son âme... Ce travail s’est construit dans le temps, il a fallu que je m’affranchisse de ma propre pudeur à pénétrer leur espace vital, leur intimité au risque de perturber leur sommeil.

Il m’a fallu du temps pour que m’abandonne ce sentiment persistant d’être un voleur.

©2010 olivier Rovere